Amazigh, Photographie, Société

Photos/ Esclavage en société Touareg du Niger

Toutes les photos suivantes ont été prises en 2005 par Stuart Franklin, un photographe britannique né en 1959, au Niger. Elles exposent notamment l’esclavage en société touareg. Timidria, une ONG nigérienne, lutte depuis sa fondation en 1991 contre l’esclavage au Niger, qui a été pénalisé par une loi de 2003 qui le punit d’une peine de prison.

All the following photographs were taken in Niger by british photographer Stuart Franklin in year 2005, and show slavery within tuareg society. The NGO Timidria has been fighting slavery in Niger since its founding in 1991, which was eventually penalized in 2003. Since then, slave traders now incur jail.

NIGER. Ayorou. Day before the Sunday market Tuareg slaves, some with anklets, in discussion with a Hausa vendor. 2005.

Ayorou/ Veille du marché touareg d’esclave du dimanche, certains portant un bracelet de chevilles, discutant avec un vendeur Haoussa. 2005. — Day before the Sunday market Tuareg slaves, some with anklets, in discussion with a Hausa vendor.

NIGER. Birni N'Konni. Mariam Illitnine, who works with Timidria, identifies slaves in images she is shown. 2005.

Birni N’Konni/ Mariam Illitnine, qui travaille avec l’association Timidria, identifiant des esclaves sur une image. — Mariam Illitnine, who works with Timidria, identifies slaves in images she is shown. 2005.

NIGER. Ayorou. The Sunday market,Tuareg slaves with anklets. 2005

Ayorou/ Veille du marché touareg d’esclave du dimanche, certains portant un bracelet de chevilles, discutant avec un vendeur Haoussa. 2005. — Day before the Sunday market Tuareg slaves, some with anklets, in discussion with a Hausa vendor. 2005.

NIGER. Zangitchiga. Aishatou Agali, a slave, of 15 years old sorts through the washing she has to do for her Tuareg master. 2005.

Zangitchiga/ Aishatou Agali, esclave agée de 15 ans, trie le linge de son maître Touareg. — Aishatou Agali, a slave, of 15 years old sorts through the washing she has to do for her Tuareg master. 2005.

NIGER. Niamey. Director of Association Timidria, Weila Ilguilas, negotiates ending slavery with Tuareg chieftan Amadou Habi who denounces relatives. 2005.

Niamey/ Weila Ilguilas, directeur de l’association Timidria, négocie sur la fin de l’esclaage avec le chef touareg Amadou Habi. — Director of Association Timidria, Weila Ilguilas, negotiates ending slavery with Tuareg chieftan Amadou Habi who denounces relatives. 2005.

NIGER. Tajae. Khadijatou, Tuareg wife of the ex-chief of Tajae in the Tuareg palace. The family are closely associated with slave trading. 2005.

Tajae/ Khadijatou, femme de l’ex-chef de Tajae, dans un palais traditionnel touareg. La famille est étroitement liée à la traite d’esclaves. — Khadijatou, Tuareg wife of the ex-chief of Tajae in the Tuareg palace. The family are closely associated with slave trading.

NIGER. Tajae. Slave trader and Tuareg chieftain Ibrahim Agali with his wives and family members inside the Tuareg palace. 2005.

Tajae/ Le marchand d’esclave et chef touareg Ibrahim Agali avec ses femmes et des memrbes de sa famille dans leur palais. — Slave trader and Tuareg chieftain Ibrahim Agali with his wives and family members inside the Tuareg palace. 2005.

NIGER. Tajae. Tuareg chieftan Ibrahim Agali (l) with his cousin Sayadi Ibrahim (r) in the Tuareg palace. 2005.

Tajae/ Le chef touareg Ibrahim Agali (gauche) accompagné de son cousin Sayadi Ibrahim (droite). — Tuareg chieftan Ibrahim Agali (l) with his cousin Sayadi Ibrahim (r) in the Tuareg palace.

NIGER. Tajae. Khadijatou, Tuareg wife of the ex-chief of Tajae in the Tuareg palace with royal daughters Aminatou and Fatima and slave holding a bucket. 2005.

Tajae/ Khadijatou, femme de l’ex-chef touareg de Tajae, en compagnie de ses filles Aminatou te Fatima, et d’une esclave portant un sceau. — Khadijatou, Tuareg wife of the ex-chief of Tajae in the Tuareg palace with royal daughters Aminatou and Fatima and slave holding a bucket. 2005.

NIGER. Tajae. Slave girl collecting water. 2005.

Tajae/ Petite fille esclave à la collecte de l’eau.— Slave girl collecting water. 2005.

NIGER. Zango Aroki. Traditional slave anklets that women had to wear in many parts of Niger until 3 years ago. They prevented slaves running away. 2005.

Zango Aroki/ Bracelet de cheville d’esclave traditionnels que les femmes devaient porter jusqu’il y a 3 ans. Ces bracelets les empêchaient de s’enfuir. — Traditional slave anklets that women had to wear in many parts of Niger until 3 years ago. They prevented slaves running away. 2005.

NIGER. Tajae. Tuareg chieftan Ibrahim Agali in the Tuareg palace. 2005.

Tajae/ Ibrahim Ag Ali, chef touareg, dans son palais. — Tuareg chieftan Ibrahim Agali in the Tuareg palace. 2005.

NIGER. Doguerawa. Slave girl of 14 years called Shaoudi. 2005.

Doguerawa/ Esclave de 14 ans nommée Shaoudi. — Slave girl of 14 years called Shaoudi. 2005.

NIGER. Tajae. Tuareg slave Youssouff carries mat for Tuareg chieftan Ibrahim Agali (l) as he leaves palace with his cousin Sayadi Ibrahim (r). 2005.

Tajae/ Youssouff, un esclave, porte un tapis pour le chef Touareg Ibrahim Agali (gauche) alors qu’il quitte le palais avec son cousin Sayadi Ibrahim (droite). — Tuareg slave Youssouff carries mat for Tuareg chieftan Ibrahim Agali (l) as he leaves palace with his cousin Sayadi Ibrahim (r).

NIGER. Ayorou. Slave girls known as Bellas in the village near the border with Mali called Ayorou. 2005.

Ayorou/ Esclaves, connues sous le nom de « Bellas ». — Slave girls known as Bellas in the village near the border with Mali called Ayorou. 2005.

NIGER. Zango Aroki. Traditional slave anklets that women had to wear in many parts of Niger until 3 years ago. 2005.

Zango Aroki/ Bracelet de cheville d’esclave traditionnels que les femmes devaient porter jusqu’il y a 3 ans. Ces bracelets les empêchaient de s’enfuir. — Traditional slave anklets that women had to wear in many parts of Niger until 3 years ago. They prevented slaves running away.

NIGER. Nobi. The class division between the Tuareg chief family on the left and slaves, who wear no headscarf, on the right. 2005.

Nobi/ Contraste de classes sociales entre les membres de la famille du chef Touareg à gauche, et les esclaves à droite, cheveux découverts. — The class division between the Tuareg chief family on the left and slaves, who wear no headscarf, on the right. 2005.

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Histoire, Photographie

Derrières les portraits de femmes algériennes

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Regard noir, vide ou inquiet, le visage et/ou les cheveux découverts, ces photos de femmes algériennes ont largement été partagées sur les réseaux sociaux et il est très probable que vous soyez déjà tombés sur l’une d’entre elles. Ces portraits sont l’oeuvre de Marc Garanger, un photographe français qui, en effectuant son service militaire pendant la guerre d’Algérie en 1960, a été commandé de prendre plus de 2.000 clichés de femmes algériennes, destinées à des photos d’identité.

 

Témoignage de ce photographe sur sa série « Femmes algériennes » :

« En 1960, je faisais mon service militaire en Algérie. L’armée française avait décidé que les autochtones devaient avoir une carte d’identité française pour mieux contrôler leurs déplacements dans les villages de regroupement. Comme ils n’avaient pas de photographie civile, on me demande de photographier tous les gens des villages avoisinants : Air Terzine, Bordj Elkliriss, le Merdour, le Meghnine, Souk el Khmeris. J’ai ainsi photographié près de 2000 personnes en grande majorité des femmes à la cadence de 200 par jours. Dans chaque village, les populations étaient convoquées par le chef de poste. C’est le visage des femmes qui m’a beaucoup impressionné. Elles n’avaient pas le choix, elles étaient dans l’obligation de se dévoiler et de se laisser photographier. Elles devaient s’asseoir sur un tabouret en plein air, devant le mur blanc d’une mechta. J’ai reçu le regard à bout portant, premier témoigne de leur protestation muette, violente. Je veux leur rendre hommage. »

Le plus frappant reste que ces photos, bien que résultant de l’humiliation de femmes algériennes, soient largement partagées par des personnes issues de la diaspora algérienne —et plus généralement maghrébine— sur leurs réseaux sociaux (Twitter, Instagram, Tumblr, etc). Il serait temps que ces personnes cessent de relayer ces photos, d’en faire des montages graphiques pour enrichir leurs Instagram dans un but pseudo-artistique comme le feraient les derniers des orientalistes, et commencent plutôt à s’informer et à s’instruire sur l’histoire des clichés qu’ils apprécient avec autant de légèreté et détachement. L’humiliation n’a rien d’artistique. On peut retrouver énormément d’archives photos, de cartes postales et de peintures de femmes maghrébines faites par les français durant la période coloniale, femmes qui ont été forcées de se dévêtir/dévoiler ou qui tout simplement étaient là pour nourrir un fantasme orientaliste. Comme dit précédemment, beaucoup de membres de la diaspora maghrébine partagent fièrement ces clichés par ignorance ou indifférence.

La sexualisation et l’exotisation des femmes maghrébines n’a rien de flatteur, elle est déshumanisante et humiliante.

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Photos/ Sélection de photos en pays berbère du Maroc

Toutes les photos suivantes ont été prises par Jean Besancenot entre 1934 et 1939. J’ai choisi celles que je préférai et ai décidé de les partager ici, avec leurs légendes.

All the following pictures were taken by french photographer Jean Besancenot between 1934 and 1939.

Anti-Atlas/

Anti-Atlas / Femme des Aït Abdallah portant le haïk de laine. — Woman from the Aït Abdallah tribe wearing wool hayk.

Tiznit: Musicienne chleuh jouant du rebab ancien à une seule corde. Il est l' instrument d' accompagnement dans les notes basses. Sa hampe est décorée de clous d' argent en relief et

Tiznit/ Musicienne chleuh jouant du ribab ancien à une seule corde. Il est l’instrument d’accompagnement dans les notes basses. Sa hampe est décorée de clous d’ argent en relief et de plaquettes d’ivoire. — Shilha/Chleuh musician playing the rebab. The one-string instrument accompanies low music notes.

 

Anti-Atlas/ Le travail sur une aire de battage. Chaque famille importante possède sa propre aire de battage. Elle peut être si vaste que dix animaux en ligne peuvent y travailler autou

Anti-Atlas/ Le travail sur une aire de battage. Chaque famille importante possède sa propre aire de battage. Elle peut être si vaste que dix animaux en ligne peuvent y travailler autour. — Work on a threshing floor. Every important family has its own. It can be so vast that ten lined up animals can work around it.

 

Zagora: Homme des Aït Isfoul de la vallée du Draa vêtu du khaïdous foncé et du turban blanc, rezza.

Zagora/ Homme des Aït Isfoul de la vallée du Draa vêtu du khaïdous foncé et du turban blanc, rezza. — Man from the Draa Valley’s Aït Isfoul tribe wearing a dark khaïdous and a white rezza (turban).

 

 

Tiznit/ Femme en drapé traditionnel des jours chauds, l'addal de Khount bleu brodé sur le bord.

Tiznit/ Femme en drapé traditionnel des jours chauds, l’addal de Khount bleu brodé sur le bord. — Woman wearing traditional drape of hot days, embroidered on the edges.

 

 

Tiznit/ Danseuse chleuh, chtakhat, vêtue d' un drapé de cotonnade noire, tamelhaft, tombant jusqu'au sol fixé devant par deux énormes fibules, tizerzaï, reliées entre elles par une

Tiznit/ Danseuse chleuh, chtakhat, vêtue d’un drapé de cotonnade noire, tamelhaft, tombant jusqu’au sol fixé devant par deux énormes fibules, tizerzaï. — Shilha/Chleuh dancer wearing tamelhaft, fixed by two big tizerzai (fibulas).

 

Tiznit/ Bracelets d'argent sur des femmes chleuh.

Tiznit/ Bracelets d’argent sur des femmes chleuh. — Silver bracelets on shilha/chleuh women.

 

Taghjicht/ Femmes des Ouaouzguite portant, pour l'une, le marhma de cotonnade blanche, triant des graines

Taghjicht/ Femmes des Ouaouzguite portant, pour l’une, le marhma de cotonnade blanche, triant des graines. — Women of the Ouaouzguite tribe wearing for one, marhma of white cotton, sorting seeds.

 

Agdz/ Guerrier en tenue traditionnelle de la haute vallée avec son fusil, moukala, ses sacs à poudre, son poignard, sa choukara, sa ceinture à balles passée en bandoulière.

Agdz/ Guerrier en tenue traditionnelle de la haute vallée avec son fusil, moukala, ses sacs à poudre, son poignard, sa choukara, sa ceinture à balles passée en bandoulière. — Warrior wearing traditional attire with his weapon, powder bags, dagger, and bullet belt.

Rif-Chefchaouen/ Dans le monde rural, la djellaba est également portée avec quelques variantes dans la coupe. Ici il s' agit de la djellaba telle qu' elle est taillée dans le Rif et le sud du Rif

Rif-Chefchaouen/ Dans le monde rural, la djellaba est également portée avec quelques variantes dans la coupe. Ici il s’ agit de la djellaba telle qu’ elle est taillée dans le Rif et le sud du Rif. — In the rural areas, the djellaba is also worn with some variations. Here it is the djellaba as it is cut in the Rif and the south of the Rif.

 

Moyen Atlas central/ École coranique en pays Zemmour

Moyen Atlas central/ École coranique en pays Zemmour. — Quran school on Zemmour land.

 

Anti-Atlas: Femme des Ait Abdellah portant le haïk de laine

Anti-Atlas/ Femme des Aït Abdallah portant le haïk de laine. — Woman from the Aït Abdallah tribe wearing wool hayk.

 

Azrou: jeunes garçons à l'école

Azrou/ Jeunes garçons à l’école. — Kids at school.

Bani: Deux sahariens des Aït Atta prêts pour le voyage, le visage découvert. 34-39

Bani/ Deux sahariens des Aït Atta prêts pour le voyage, le visage découvert. — Two saharian men, ready for their trip, with bare face.

 

Bani: Homme des Aït Oussa portant le chèche.

Bani/ Homme des Aït Oussa portant le chèche. — Man of the Aït Oussa tribe.

 

Bani: Homme des Ida Ou Blal portant le chèche et le deraa

Bani/ Homme des Ida Ou Blal portant le chèche et le deraa. — Man of the Ida U Blal tribe wearing the traditional scarf and the deraa.

 

Boumalen du Dades: Enfant et son jouet fait de fil de fer et de boîtes de conserve.

Boumalen du Dades/ Enfant et son jouet fait de fil de fer et de boîtes de conserve. — Kid and his tin can and wire made toy.

 

Goulimine: Homme des Reguibat portant le chèche enroulé autour du cou.

Goulimine/ Homme des Reguibat portant le chèche enroulé autour du cou. —  Man of the Reguibat wearing his scarf around his neck.

 

Haut Atlas: Jeunes Berbères de la région au sud de Marrakech, portant la djellaba. Le garçon au centre porte une djellaba de laine rayée et tissée sur le métier familial.

Haut Atlas/ Jeunes Berbères de la région au sud de Marrakech, portant la djellaba. Le garçon au centre porte une djellaba de laine rayée et tissée sur le métier familial. — Young Berbers from the south of Marrakech, wearing the djellaba. The boy in the center is wearing a striped wool djellaba woven on the family craft.

 

Ktaoua-Vallée du Draa: Le caïd des Aït Isfoul muni de son arme et sa longue vue.

Ktaoua-Vallée du Draa/ Le caïd des Aït Isfoul muni de son arme et sa longue vue. — Aït Isfoul caïd with his weapong and telescope.

 

Marrakech/ Marchands de pharmacopée traditionnelle dans le souk de Marrakech. Ils portent le turban rezza

Marrakech/ Marchands de pharmacopée traditionnelle dans le souk de Marrakech. Ils portent le turban rezza. — Traditional pharmacopoeia merchants in the souk of Marrakech. They’re wearing the rezza. 

 

Moyen Atlas central - Moyen Atlas - Ouaouizert: Portrait d'un berbère Aït Atta n'Oumalou portant le turban blanc, rezza, la chemise à col traditionnel et le selham de laine blanche.

Moyen Atlas central – Moyen Atlas – Ouaouizert/ Portrait d’un berbère Aït Atta n’Oumalou portant le turban blanc, rezza, la chemise à col traditionnel et le selham de laine blanche. — Portrait of a Berber from the Ait Atta n’Oumalou tribe wearing white rezza, traditional collar shirt and white wool selham.

 

Bani-Tissint/ Femmes hartania à l'entrée de leur village de retour de la corvée d'eau portant leur cruche au creux des reins. 34-39

Bani-Tissint/ Femmes hartania à l’entrée de leur village de retour de la corvée d’eau portant leur cruche au creux des reins. — Haratin women at the entrance of their village back from the chore of water, carrying their jug in the hollow of the hips.

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Cliché & instrumentalisation de l’identité berbère

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Souvent, lorsqu’on aborde le sujet de la berberité et du berberisme, nous sommes confrontés à la figure du Berbère apostat laïcard. Car pour beaucoup, être berbère rime avec athéisme ou appartenance à des religions païennes pré-islamiques (aussi ridicule que cela puisse paraitre).

Le plus souvent, c’est le Kabyle qui revient, et pour les anglophones un très bon article explique cela et permet de comprendre ce stéréotype du kabyle dans l’imaginaire collectif algérien.  Qui peut prétendre ne jamais avoir entendu une personne justifier le comportement trivial d’un kabyle par son origine ?

À en croire certains la Kabylie serait une région digne de Sodome et Gomorrhe. Cette haine de l’Islam attribuée à l’ensemble des kabyles serait selon certains traînée depuis la conquête arabe, c’est-à-dire depuis le VIIIè siècle. Pourtant les Kabyles, il n’y a pas si longtemps que cela, faisaient comprendre qu’il leur était préférable d’abandonner leurs terres, y laisser la vie, plutôt que d’adopter une autre religion que l’Islam.

Réponse des Kabyles aux Jésuites français, 1863 :

En 1864, le père Creusat, de l’ordre des Jésuites, s’était fait nommer curé à Fort-Napoléon dans le but d’y faire de la propagande religieuse : il espérait que les Kabyles, qui avaient été autrefois chrétiens, seraient moins réfractaires que les Arabes à ses prédications et qu’il en amènerait un certain nombre à embrasser le christianisme. Il commença par attirer chez lui les Kabyles par des libéralités en argent, vêtements, sucre, café, comestibles, et en leur donnant l’hospitalité quand ils venaient au fort pour leurs affaires ; il se fit ainsi une nombreuse clientèle. Quand il eut préparé le terrain de cette manière, il commença à parler religion : on l’écouta sans s’effaroucher. Les Kabyles ne songeait qu’à l’exploiter et ils riaient ouvertement entre eux de ses prédications. Le père Creusat avait pris au sérieux la docilité des Kabyles à l’écouter et il avait concentré ses efforts sur le village des Aït Ferah, situé à une heure de marche de Fort-Napoléon. Quelques individus lui avaient fait croire que le djemaa lui donnerait du terrain pour y élever un établissement religieux. Le bruit en courut au fort et les colons en parlèrent aux Aït Ferah qui, comprenant qu’ils avaient été trop long, ne trouvèrent rien de mieux pour se tirer d’embarras que d’organiser une mystification grossière qui décourageât le zèle du Père Creusat. Un jour que celui-ci avait appelé (…) le père Laureanceau pour lui faire constater le succès de sa mission, les gens des Aït Ferah couvrirent d’excréments humains le banc sur lequel le père Creusat avait coutume de s’asseoir, en les dissimulant sous de la paille et des feuillages : ce banc avait d’ailleurs été placé dans un coin obscur du local. Le père Creusat et le provincial s’en allèrent s’y asseoir sans méfiance et, le soir, tous les villageois des Beni Baten riaient de la mésaventure des deux missionnaires. Le père Creusat ne s’était pas plaint de cet outrage, mais le colonel Martin, commandant supérieur de Fort-Napoléon, en eut connaissance et il infligea une punition à ses principaux auteurs.

Le père Creusat n’avait pas encore ouvert les yeux : on lui fit croire qu’il avait été victime d’une minorité turbulente et le colonel Martin, en présence d’affirmations faites avec une inébranlable assurance, écrivit à la djemaa pour connaitre ses intentions. Celle-ci répondit aussitôt en termes énergiques et catégoriques :

« Nous ne renoncerons jamais à notre religion ; si le gouvernement veut nous y contraindre, nous lui demanderons un moyen de quitter le pays ; si nous n’en trouvons pas, nous préférons la mort plutôt que d’embrasser votre religion. Quant aux autres choses qui nous viennent du gouvernement et qui ont pour but notre bien être, nous serons toujours prêts à les accepter et nous le devons, car nous vivons sous son ombre protectrice. Nous serons loyaux dans nos actions parce que le gouvernement n’a en vue pour nous que notre bien et la paix et nous le reconnaitrons en agissant pour le bien. Quant à ce qui regarde notre conversion, nous aimons mieux la mort que de renoncer à notre religion. Pour ce qui concerne la demande de ce prêtre d’habiter parmi nous, Dieu nous garde d’y consentir à moins que l’autorité ne nous y force ! Dans ce cas, nous lui obéirons, mais s’il venait à habiter notre village, nous en sortirions et nous ne demeurerions jamais avec lui. » 

Malgré cela, la conversion d’une minorité de kabyles au christianisme ne choque pas les non-kabyles, voyant l’abandon de l’Islam comme une chose presque naturelle, endogène à ceux-ci. L’Islam est ainsi perçu comme une religion absolument étrangère et incompatible à l’identité kabyle (et berbère par extension).

En outre, ce cliché s’est peu à peu étendu et généralisé à tous les Imazighen de sorte que certains n’hésitent pas à rédiger des articles ou autres pour argumenter ardemment de l’hérésie inhérente aux Berbères.

Ce phénomène est plus discret au Maroc, malgré les tentatives du gouvernement de faire une telle affiliation en posant, par exemple, comme représentant de la culture berbère, Ahmed Assid au poste de chercheur à l’Institut royal de la culture amazighe. Ce choix de placer un laïc –qui appelle entre autre à « moderniser l’Islam »– à la tête d’une telle institution est lourd de sens : le berbère qui revendique sa culture est forcément laïc, « musulman progressiste ». Réciproquement, un bon musulman berbère est celui qui se tait, et occulte son identité ethnique. Le berbère est singularisé, il n’a droit qu’à une identité unique de musulman. Preuve en est qu’un berbère musulman revendiquant sa culture devra souvent se justifier et prouver son éloignement vis-à-vis de l’image du berbère laïc.

 

La représentation des berbères au travers des médias

On constate une certaine schizophrénie des médias dans l’instrumentalisation de l’identité amazigh du Maroc, selon l’image méliorative ou péjorative que le média veut véhiculer, et le public auquel il s’adresse.

Un média s’adressant à un public majoritairement séculier va louer le peuple berbère en l’opposant à l’Islam, et accessoirement à l’identité arabe, et décrira ce peuple comme laïc et disposé à ôter de plus en plus les valeurs islamiques de leur société (exemple).  Paradoxalement, lorsqu’un média s’adressera plutôt à un public traditionnel non-berbère, il blâmera et présentera pour ces mêmes raisons les berbères, en les suspectant de moeurs légères, de transgressions en tout genre, en les accusant de délaisser la religion, liant ces comportements à leur origine ethnique.

A contrario, lorsque le média utilisera cette même image à l’attention d’un public séculier, pour les vilipender cette fois-ci, il les présentera comme un peuple extrémiste dans sa pratique de l’Islam (exemple), mais toujours en rappelant que cet « extremisme » est récent, et vient menacer la culture berbère : on retrouve la fameuse opposition et incompatibilité entre culture berbère et Islam.

L’identité berbère fait ainsi l’objet d’une utilisation à des fins intéressées, mais jamais pour servir les principaux concernés.

On comprend vite que le Berbère serait par essence un mauvais croyant, puisqu’on surexpose de leur Histoire (que ce soit du côté des arabes ou de la minorité de berberistes laïcards) la résistance à la conquête arabe du VIIè siècle, en plus de la prendre à contresens. Combattre une incursion étrangère, quel que soit le message apporté, est une réaction naturelle et instinctive chez tout peuple. Le Berbère est définitivement associé à cet événement historique.  On accolera toujours la reine Dihya aux berbères. En revanche, on ne prendra jamais la peine d’évoquer les Tariq Ou Zyad,  Youssouf Ou Tachfin, Abd Al Mumin, Bou Tumart etc., soit par mauvaise foi, soit par ignorance. La dizaine de siècle d’Histoire islamique des berbères, jusqu’à nos jours, est tout simplement occultée.

Tout porte à croire que l’identité berbère joue un rôle et est primordiale lorsqu’il s’agit d’hérésie, mais est superflue lorsqu’il s’agit d’Histoire islamique.

 

Quitter l’arabité pour mieux quitter l’Islam ?

Certains berbères laïcs (s’érigeant représentants des berbères) se complaisent dans ce stéréotype.

En effet, l’amalgame est là : pour lutter contre l’arabisation il faut lutter contre l’Islam. Le MAK l’a bien compris puisque Ferhat Mehenni, fondateur du parti, décide de s’allier au plus grand ennemi du panarabisme et, symboliquement, de l’Islam : Israël. Ce que ces personnes ont tendance à oublier, c’est que l’arabisation forte ne s’est pas faite à la conquête arabe du VIIè siècle ou à l’arrivée des tribus arabes au XII/XIIIeme siècle —qui se sont plus berbérisées qu’autre chose sois dit en passant— mais qu’elle s’est faite le siècle dernier, passivement et par intérêt purement politiques dans un contexte de guerre froide et de décolonisation : il s’agissait de s’affirmer sur la scène politique internationale avec comme orateur Gamal Abd Al Nasser qui faisait trembler l’occident.

En prime, un phénomène émerge. Celui des arabes maghrébins alimentant et profitant de ce cliché sur les berbères en le revêtant, avec comme seul et unique but de se distancer de l’Islam, alors même que ce procédé nuit aux berbères. Se détacher de leur identité arabe en adoptant l’identité berbère revient, selon eux, à briser tout lien avec l’Islam, « religion des arabes ». Moins on est arabes, moins on est proches de l’Islam et, au Maghreb, le seul choix d’identité vue comme antipode à l’identité arabe est l’identité berbère.

 

Lorsque les populations berbères sont à majorité musulmanes sunnites, et ont oeuvré pour l’expansion de l’Islam au Maghreb, peut-ont réellement continuer de les associer aujourd’hui à cette image du berbère rejetant l’Islam conjointement au rejet de l’arabisation ?

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Photos/ Gravures rupestres d’Oukas

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J’ai eu la chance de visiter les gravures rupestres se situant dans le Jebel Oukas, dans l’Anti Atlas Occidental, à plusieurs kilomètres de Tafraout, près de Aït Mansour. Pour y accéder, il faut rouler sur du hors-piste, avec un 4×4 de préférence ou une voiture adaptée (notre première tentative d’y accéder avec une voiture citadine s’étant soldé par un échec).

On peut apercevoir sur ces gravures plurimillénaires, des éléphants, des gazelles, des chevaux, des bovins, et même des félins. Je vous laisse apprécier les photos.

Photo de la piste prise du haut de la montagne.

À mon grand étonnement, le site n’est ni protégé, ni encadré, en plus d’être très difficile d’accès. Il n’y a aucune infrastructure veillant sur les gravures. Ce défaut d’encadrement est la porte ouverte au vandalisme et au vol, et résulte d’une indifférence criante du gouvernement et d’une méconnaissance de la part du peuple de ce type d’héritage historique.

Photos des gravures vandalisées :

H.B

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Diaspora : the appropriation of the Berber identity by the Arabized

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For time a reactionary wave has seized the intellectual circles. In the Anglo-Saxon world, these followers of social struggles and victimization are called “woke”, meaning, “conscious”. Seeing absolutely a cause to be defended, many address poignant subjects, very superficially. The struggles intermingle and the appearance of a new terminology complicates the understanding of these. On social networks, African-Americans are heard and their causes become the main concerns of these “conscious” people. Discrimination, and more particularly negrophobia, is denounced. From this vocabulary described earlier, many terms, like “People Of Color” appeared.  The supporters are mostly from diasporas. Following a fairly precise pattern of victimhood, a popularization of history takes place. The aim is clear, to make history binary where the West is the oppressor, and the appreciable rest plays the role of oppressed. Today a phenomenon resulting from this movement appears in the Maghrebi diaspora : the appropriation of the Berber identity by the Arabized. The Berber identity and ethnic Amazigh claim goes hand in hand, and these people do not hesitate to add to the many pre-existing struggles. The Amazigh claim has always been part of the Maghreb. Depending on the political context, it takes different forms and stabilizes during the colonial years. During decolonization, the Maghreb leaders who follow Pan-Arabism, impose a unique Arab identity, dividing more than uniting a people around a language and a religion. Officially two main ethnic groups are distinguished in the Maghreb : the “Arabs” (including the Arabized Berbers and the descendants of Arabs), and the Berbers. In short, ever since this “woke” movement, a certain number of these Maghrebi Arabs appropriate the Berber identity, with which they nevertheless never grew up with. Being Berber is not to say “I am Berber from today, so I can speak as such”. Being Amazigh is dear to us, we have inherited this identity and are attached to the language and culture that flows from it. The Berber identity is not a simple tool in order to be a victim in a pyramid scheme where the most suffering would be the “Black People”. This renewal of identity has several reasons, first the desire to be politicized. Another reason surfaced: the obsession with identity and being indigenous. This identity dynamic in vogue does not hesitate to appropriate Hitlerian practices through the “one-drop rule” for example, where race is at the center of society. The definition of Afro-descendant, taken from a French site is quite shocking and echoes this fascist and racialist influence in this area : “What is an Afro-descendant? A person born outside Africa but with ancestors born in sub-Saharan Africa in sufficient numbers to affect the appearance or culture of that person. For ancestors born in sub-Saharan Africa to affect the appearance (phenotype) of a person, they must account for more than 6.25% of the total ancestors (1/16th or 4 generations)”.

Identity remains nevertheless personal and, as we have said elsewhere, flexible. But the fact for a Maghrebi Arab to identify himself as Amazigh is unbelievable. Moreover, to affirm that it is also Amazigh that a berberophone is surrealist.

Internet Phenomenon 

The first remark that can be made is that it is only on the internet that one can meet people who have grown up as Arabs, whose family claims to be Arab and have no connection with the Berbers, claiming Berber. In the Maghreb, in real life, you will never, for example, meet a Fassi calling himself Berber because it would amount to a social downgrade. Even a Jabli (northwestern Morocco), although located in the western Rif, will not call themselves a Riffian and will clearly draw the distinction between the Riffians and himself. The Jbala (plural of Jabli) will even prefer to claim Andalusian rather than Berber origins. But some Jbala of the Diaspora will come to say that they are indeed Riffians… Moreover, for people who know only the Arab / Berber dichotomy (so most people in the Maghreb), to hear an Arab call themselves Amazigh intrigues a lot. It is necessary to know that the Berber diaspora conscious of the identity problem of the Arabs in the Maghreb, is open-minded enough to call these people “Arabized Berbers” when in reality the Berbers in Tamazirt call them rather pejorative “i3raben” (= the Arabs).

The nebulabism of these neo-Berbers

We can see from these neo-Berbers an unpleasant way of speaking in the name of the Imazighen. The fact that these “Arabized” people want to recognize the importance of Berberity in the Maghreb and to denounce the imposture of Arab nationalism is one thing, that they speak for the Berbers as if they were in their place and usurping their speech is another. Another remark, these Arabs overthrow the Berber cause for their profit, proof of their egocentrism. They even come to regard themselves as the “real victims of Arabization”, which is extremely indecent. For them, the Berber cause amounts to rejecting the Arabization that their grandparents accepted, or not. They completely reverse oppression: the Arabs become the only victims of Arabization, and the Berbers who dare to point out to them that they are not « totally Berber » are the oppressors. The binary pattern emerges again, the race for victimization is in order.

Popularization of the Berbers

Among these neo-Berbers there are many apostates hating Islam. Thus, these “ancient Arabs” have appropriated the Berber identity to justify their apostasy and to exert a distance with their Arabism which they see too close to Islam. By doing so, these people reinforce the ideas and arguments of Arab identity, opposing Berbers to religion, even though the Berber regions are known to be the most conservative. If these people are so attached to the Berbers, why do they not respect the religion of 98% of these? Moreover, often these people, voluntarily or not, reiterate speeches and stereotypes about the Berbers who were held to humiliate or debase them. Arab, even if he/she tries to claim Berber, always returns to their first tendencies.

Very superficial or non-existent knowledge of the history of the Maghreb

Like the complexed Berbers, these individuals have superficial or even non-existent knowledge of the history of the Maghreb and the Berbers. According to them, Arabization began with the Arab conquests in the 7th century, during which the Arabs massacred the Berbers to force them to call themselves Arab, etc., completely deny the Arab demographic contribution to the Maghreb (although it is minimal its impact is not negligible), etc. They even characterize the Arab conquests colonization and make no distinction between the army of Uqba Ibn Nafi and Arab invasions (questionable term). These people, who consider themselves Berber because historically they are only Arabized, have no knowledge in this matter and only demonize individuals by their identity, here Arab (referring again to the fascist influences of the movement). The legacy of their binary reflection also leads them to issue racialist hypotheses about the origin of the Berbers and that they were Black. Depending on their logic, the more a person is dark, the more Amazigh they are. It is by following this logic and to give oneself credibility that some have been able to deduce that as Arabized or Black-ish Arabs, they were more Amazigh than a very light Berber. Moreover, the act of qualifying the Berbers as Black position them in the dynamics of afro-descendants, something on which many of them fantasize, because of the fetishization that they make of Black people.

Identity factitious, Berber for aesthetics

These Arabs appear as Amazigh, but in practice have very little interest in what the Berbers live and undergo. One sees that even in their cause they retain a privilege despite the will to make themselves victims. Their Berberism is limited to being able to call themselves as Amazigh as the Imazighen. As for the fact that the Imazighen are despised, neglected by the governments, they have very little to do. In reality, they claim to be Amazigh only to draw in the different cultures of the Berber subgroups they fetishize: wear Kabyle dresses, Chleuh jewelry, draw tattoos (ridiculous by the way) with pen on their face and have the pleasure of calling themselves aboriginal and anti-colonialists. The sexualization of the Berber culture is also very obvious, the anecdote of an illustrator evoking a Berber ancestral practice that would be to tattoo the pubis to remove sexually transmitted diseases: a lie created from scratch, to give a sexual character to the practices of Berber women. Then, through the Native Berber map, some people want to get closer to the Sub-Saharans in order to reach the top of the pyramid of the victims of humanity at their fingertips, but also to respond to a flagrant fetishization of “Black people”.

What we have to say to these people is that you do not serve the Berbers, on the contrary. You fetishize the Berber culture and are Amazigh only for frivolous interests. As I was able to read in a previous article written by a Berber woman : “Our identity is not there to satisfy your identity fantasies, nor to justify your pseudo-politicization”. We are a real people, we have a History, we grew up with this identity, our parents were despised for it and fought for its gratitude. So if you love the Berbers as much you claim, have respect and do not speak on our behalf to relieve your complex. We are not just victims. We did not wait for the Arabs to acknowledge our existence to claim our identity. The struggle has always taken place in the preservation of language, cultural practices such as poetry, music and historical narratives. You can not understand what the frustration of the Amazigh people is because you have never been touched by the real problems of the community. We choke from anti-racist feminist novice, tracing Anglo-Saxon theories only make you further away from what you want to integrate at all costs. Stop using our claims for your light interests, and wrongly, because it turns against us, the real Berbers.

 

H.B

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Amazigh, Société

Diaspora : les arabisés et l’appropriation de l’identité berbère

tazerzit

Depuis un moment une vague réactionnaire s’empare des milieux intellectuels. Dans le monde anglo-saxon, ces adeptes des luttes sociales et de la victimisation se font appeler « woke », littéralement « conscients ». Cherchant absolument une cause à défendre, beaucoup abordent des sujets poignants, très superficiellement. Les luttes s’entremêlent et l’apparition d’une novlangue complique la compréhension de celles-ci. Sur les réseaux-sociaux, les afro-américains se font entendre et leurs causes deviennent les préoccupations principales de ces gens « conscients ». La discrimination et plus particulièrement la négrophobie, y est dénoncée. De ce vocabulaire décrit plus tôt, beaucoup de termes sont traduits en français : « People Of Color » par exemple devient « racisé ».

Les partisans sont en majorité issus de diasporas. Suivant un schéma victimaire assez précis, une vulgarisation de l’Histoire s’opère. Le but est clair, rendre l’Histoire binaire où l’Occident est oppresseur, et le reste appréciable qu’à travers le rôle d’oppressé.

Aujourd’hui un phénomène issu de ce mouvement apparait dans la diaspora maghrébine : l’appropriation de l’identité berbère par les arabisés. De l’identité berbère, la revendication amazigh va de pair et ces personnes n’hésitent pas à l’ajouter aux nombreuses luttes à leur arc.

La revendication amazigh a toujours fait partie du Maghreb. Suivant le contexte politique, elle prend différentes formes et se stabilise durant les années coloniales. Lors des décolonisations, les leaders maghrébins adeptes du panarabisme, imposent une identité arabe unique, divisant plus que ne réunissant un peuple autour d’une langue et d’une religion. Officiellement deux principaux groupes ethniques se distinguent au Maghreb : les « Arabes » (incluant les berbères arabisés et les descendants d’Arabes), et les Berbères.

En bref, depuis ce mouvement « woke » un certain nombre de ces Arabes maghrébins s’approprie l’identité berbère, avec laquelle ils n’ont pourtant jamais grandi. Être Berbère ce n’est pas dire « je suis Berbère à partir d’aujourd’hui, je peux donc parler en tant que tel ». Être Amazigh nous est cher, nous avons hérité de cette identité et sommes attachés à la langue et culture qui en découle. L’identité berbère n’est pas un moyen d’arriver à ses fins dans le but d’être victime dans un schéma pyramidal où les plus souffrants seraient les « Black People ».

Ce renouveau identitaire a plusieurs raisons, d’abord l’envie d’être politisé. Également une autre raison fait surface : l’obsession de l’identité et le fait d’être autochtone. Cette dynamique identitaire en vogue n’hésite pas à s’approprier des pratiques hitleriennes à travers le « one-drop rule » par exemple, où la race est au centre de la société. La définition d’afro-descendant, tirée d’un site français est assez choquante et fait écho à cette influence fasciste et racialiste dans ce milieu :

« Qu’est-ce qu’un Afro-descendant ? Une personne née hors d’Afrique, mais ayant des ancêtres nés en Afrique subsaharienne en nombre suffisamment important pour que cela ait une incidence sur l’apparence ou la culture de cette personne. Pour que les ancêtres nés en Afrique subsaharienne aient une incidence sur l’apparence, (le phénotype) d’une personne, il faut qu’ils représentent plus de 6,25 % du total des  ancêtres (1/16e ou 4 générations). » (*)

L’identité reste néanmoins personnelle et, comme nous l’avons dit ailleurs, flexible. Mais le fait pour un Arabe maghrébin de s’identifier Amazigh est aussi invraisemblable qu’affirmer qu’il est ayant amazigh qu’un berbérophone.

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Amazigh, Histoire, Politique

Identité et religion : le prisme arabe sur l’Histoire islamo-berbère

Totalité des voyages de l’explorateur Ibn Battuta

 

Il est clair que la religion musulmane est indissociable de la langue arabe. Ce qui pose réellement problème est la question de l’identité : comment représenter et vivre pleinement son identité (non-arabe) au sein de la communauté musulmane au sens large ?

Le prisme arabe chez les musulmans est plus ou moins voyant selon les zones géographiques et les sociétés. Néanmoins, ce prisme est réel et fortement alimenté par l’Orientalisme qui pousse à l’amalgame Islam/arabité constituant cedit « Orient ». Également dans l’Histoire, islamisation et arabisation n’ont jamais évolué au même niveau. Dans la majorité du monde musulman, l’islamisation a pris le pas sur l’arabisation qui, quant à elle, a été beaucoup plus tardive et laborieuse. Nombreuses sont les hypothèses sur cet attrait pour l’identité arabe au sein de la Ummah. Des affiliations généalogiques en passant par des mouvements culturels (la Nahda) et politiques (le panarabisme), l’identité arabe est un véritable outil utilisé à plusieurs échelles et dans des buts différents.

Dans l’appellation même de la zone géographique du monde musulman, on greffe toujours une arabité : le monde arabo-musulman sachant que la très large majorité des musulmans aujourd’hui, est non-arabe.

Le sujet traitant sur la diversité des musulmans, des identités et sociétés au sein du monde musulman est très intense et beaucoup trop vaste, ce qui nous pousse à nous resserrer sur un objet particulier : le fait d’englober l’Histoire non-arabe (ici Berbère) musulmane dans une Histoire arabe car islamique. Le titre d’un article sur Ibn Battuta nous a fait réagir : « Pourquoi le savant arabe Ibn Battuta est-il le plus grand explorateur de tous les temps ? »… de quoi nous faire grincer des dents.

Ibn Battuta était un berbère zénète de la tribu des Ilwaten, qui décide à l’âge de 21 ans d’entreprendre un voyage jusqu’à Mekka pour réaliser son pèlerinage. De là, il enchaîne ses voyages à travers le Moyen-Orient, l’Asie, et l’Afrique de l’Ouest, périples durant lesquels il rédige ses ouvrages.

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Société

La beurette : un fantasme made in France

le bain maure gerome

Le bain de Jean-Léon Gérome

En 2014, un site pornographique rend un rapport annuel faisant part des tags les plus recherchés par les internautes en fonction des pays. Résultat, la France est le seul pays dont le tag le plus recherché fait référence à un critère ethnique : « beurette ». En 2016, le compte rendu est le même, « beurette » est toujours n°1 des recherches.

beurette et site de postérieurs

Ce fantasme de la beurette est très empreint d’orientalisme et de colonialisme. En effet, on retrouve son origine dans la colonisation française du Maghreb, et dans la conception que l’Occident a pu avoir —voire a encore— de ce qu’ils considèrent comme étant l’« Orient ».

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Non classé, Politique

Les Rifains sont-ils séparatistes ?

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Nasser Zafzafi donnant un discours fin mars dernier devant des dizaines de milliers de personnes à Al Hoceima. (EFE)

Depuis la mort arbitraire de Mohsin Fikri, vendeur de poisson à Al Hoceima, en octobre 2016, les manifestations perdurent dans le Rif, la région berberophone du nord du Maroc. Un mouvement de contestation est né à la suite de cet évenement, « Hirak Chaabi », avec à sa tête Nasser Zafzafi. Depuis fin mai, les manifestations font rage, et se propagent dans le reste du pays.

Il est important de faire un bond dans le temps pour comprendre la frustration qui a pu s’accumuler dans cette région du Maroc.

Le Traité de Fès signé en 1912, marque officiellement la main mise française sur la Maroc sous la forme d’un protectorat. Ce traité entre le sultan Moulay Hafid et Eugène Regnault est vu comme une trahison par l’ensemble des Marocains, y compris les rifains qui ne tardent pas à se soulever : ils combattent les occupants espagnols et français, colonisateurs appuyés par le Makhzen. La Guerre du Rif est dirigée par le fin stratège Abdelkrim Al Khattabi, qui instaure en 1921 la République du Rif, après avoir écrasé les espagnols à la bataille d’Anoual. Plus tard, les européens se concertent et arrosent le Rif de gaz moutarde. En 1926, la défaite des rifains et l’exil de Al Khattabi, marquent la fin de cet Etat. La Guerre du Rif, même si elle résulte à la création d’une République, doit être appréhendée comme un jihad contre des puissances coloniales et surtout non musulmanes de l’époque. Le drapeau rifain représente un combat anti-colonial mais aussi un combat contre toute injustice, même locale. C’est pourquoi beaucoup de rifains arborent pendant les manifestations le drapeau de la République du Rif, mais aussi des portraits de Abdelkrim Al Khattabi, symbole de résistance et de liberté, et non pas séparatiste contrairement à ce que veulent faire croire le Makhzen et les fervents défenseurs de la royauté marocaine.

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