#MaghrebAuFéminin Hafsa Bint al Hajj

Władysław_Niewiarowicz_-_The_Moor_with_the_Beads_1853
The Moor with the Beads de Jan Tysiewicz (1853)

 

Hafsa Bint al-Hajj dite « Al-Rakuniyya »

Considérée par beaucoup comme la poétesse andalouse la plus réputée de son époque, au même titre que Wallada bint al-Mustakfi et Nazhun bint al-Qila’i, on ne sait que peu de choses sur elle, bien que sa biographie soit moins obscure que celles des autres poétesses andalouses et maghrébines de son époque. Les informations à son sujet augmentent à mesure qu’elle prend de l’âge et qu’elle se lie à certaines personnes, se retrouve dans certains lieux. Les détails explosent notamment à l’aune de l’établissement de la dynastie almohade en 1154, aux débuts de sa relation avec Abu Ja’far, poète aristocrate grenadin et fils d’Abd al-Malik, seigneur de Qalaat Bani Said (ville au nord-ouest de Grenade).

Les détails sur son enfance et sa jeunesse sont quasi inexistants. Elle naît à Grenade en 1135 au sein d’une famille berbère opulente, et a très probablement reçu une éducation très pointue au vu de ses qualité rédactionnelles, de la finesse de ses écrits, et de la réputation de Grenade à être une ville médiévale où florissent la littérature et la musique.

Abu Ja’far s’éprend donc de Hafsa Bint Al Hajj dès 1154, et lui fait parvenir une invitation que cette dernière ignore. Abu Ja’far continua à lui dépêcher des poèmes désespérés…

« (…) Ah, si tu voyais quel état est le mien, alors que la nuit a laissé tomber ses ombres !

Je gémis tristement d’ardente passion au point que, (ayant entendu un etre plus gémissant que lui), le ramier prend du répit.

Je suis un amant dont le désir véhément qu’il a pour sa bien-aimée prolonge le tourment.

Elle l’a traité avec rigueur et n’a même pas répondu à ses salutations.»

… Jusqu’à ce que Hafsa cède et lui accorde un rendez-vous :

« (…) Tu es dans l’erreur la plus complète (sur le code de l’amour) et le pouvoir que tu détiens ne te donne aucun avantage.

Depuis que tu es dans cette compétition, tu n’as pas cessé d’avoir la sécurité pour compagne ;

Mais voici que tu viens de faire un faux pas et que tu t’es couvert de honte en divulguant ton amertume.

Par Dieu, les nuages versent en tous temps leurs eaux ;

En tous temps aussi la fleur fait éclater sa kimama !

Si tu avais connu mon excuse, tu aurais retenu ta médisante langue. »

À partir de ce moment, les deux amants se fréquentent, et cela durera pendant plus de dix ans. Le plus surprenant concernant leur idylle est qu’elle prend place dans un contexte historique particulièrement austère. Elle est en parfaite contradiction avec ce que l’on pourrait imaginer être les moeurs médiévales, surtout à l’époque des dynasties almoravide et almohade, réputées pour leur rigorisme. Les deux amants vivent ouvertement leur relation hors du cadre du mariage, au vu et au su de tous, comme l’atteste les joutes sensuelles qu’ils s’échangeaient et qui ont marqué la littérature en langue arabe. Malgré la cristallisation de cette relation —a priori interdite— dans des vers, Hafsa resta une femme très respectée, que ce soit au cours de sa vie cou après sa mort.

Une romance à l’origine d’un bouleversement politique

Parallèlement à la rencontre des amants en 1154, un bouleversement politique survient à Grenade : le gouverneur almoravide alors en place livre la ville à la dynastie rivale vainqueure, la dynastie almohade. C’est Abu Said Uthman, fils d’Abd Al Moumen (premier calife almohade), qui gouvernera alors Grenade. Il nomme donc Abu Ja’far comme vizir, disposant de qualités politiques certaines puisqu’il assistait son père dans la gestion des affaires publiques. Dans le même temps, Abu Said intègre dans sa cour les plus grands poètes du Maghreb, et, inévitablement, Hafsa Bint Al Hajj, qui deviendra sa protégée. En 1158, elle est envoyée par le roi auprès de son père, le calife Abdelmoumen, fondateur de la dynastie almohade, qui tombera sous le charme de sa poésie. Il lui offrira par la suite l’autonomie financière, et Rakuna (bourgade/sorte de salon littéraire) qui lui vaudra le patronyme d’Al-Rakuniyya.

Hafsa devient alors l’amante du roi, sans pour autant cesser de fréquenter Abu Ja’far, chose qui créa de très vives tensions entre les deux hommes, rivaux dans la quête de l’amour de Hafsa. D’un côté, Abu Ja’far demande alors au roi de le déchoir de ses fonctions, tout en affichant une rancoeur à encontre à travers des satires acerbes. De l’autre côté, le roi tente de contraindre Hafsa de mettre un terme à sa relation avec le poète.

L’entourage d’Abu Ja’far le persuade alors de tenter de renverser le pouvoir almohade à Grenade mais, averti du complot, Abu Said prend une mesure radicale : il arrête puis condamne à mort Abu Ja’far en 1163.

Hafsa, très affectée par le décès de son amant et malgré l’interdiction, fera paraître son deuil en revêtant les habits de veuve.

Beaucoup d’historiens affirment que Hafsa a délaissé la poésie suite à la mort de son amant, d’autres estiment que les biographes n’ont pas retenu les poèmes postérieurs à cet événement car ils n’étaient plus en rapport à des hommes puissants. On sait néanmoins qu’elle finira sa vie en tant que professeure d’excellence, preuve en est qu’à la demande du calife Yacoub al-Mansour elle fut chargée de l’éducation des princes(ses) almohades au sein du palais à Marrakech.

Elle meurt en 586 après l’Hégire (1190), à l’âge de 56 ans.

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