Histoire, Photographie

Derrières les portraits de femmes algériennes

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Regard noir, vide ou inquiet, le visage et/ou les cheveux découverts, ces photos de femmes algériennes ont largement été partagées sur les réseaux sociaux et il est très probable que vous soyez déjà tombés sur l’une d’entre elles. Ces portraits sont l’oeuvre de Marc Garanger, un photographe français qui, en effectuant son service militaire pendant la guerre d’Algérie en 1960, a été commandé de prendre plus de 2.000 clichés de femmes algériennes, destinées à des photos d’identité.

 

Témoignage de ce photographe sur sa série « Femmes algériennes » :

« En 1960, je faisais mon service militaire en Algérie. L’armée française avait décidé que les autochtones devaient avoir une carte d’identité française pour mieux contrôler leurs déplacements dans les villages de regroupement. Comme ils n’avaient pas de photographie civile, on me demande de photographier tous les gens des villages avoisinants : Air Terzine, Bordj Elkliriss, le Merdour, le Meghnine, Souk el Khmeris. J’ai ainsi photographié près de 2000 personnes en grande majorité des femmes à la cadence de 200 par jours. Dans chaque village, les populations étaient convoquées par le chef de poste. C’est le visage des femmes qui m’a beaucoup impressionné. Elles n’avaient pas le choix, elles étaient dans l’obligation de se dévoiler et de se laisser photographier. Elles devaient s’asseoir sur un tabouret en plein air, devant le mur blanc d’une mechta. J’ai reçu le regard à bout portant, premier témoigne de leur protestation muette, violente. Je veux leur rendre hommage. »

Le plus frappant reste que ces photos, bien que résultant de l’humiliation de femmes algériennes, soient largement partagées par des personnes issues de la diaspora algérienne —et plus généralement maghrébine— sur leurs réseaux sociaux (Twitter, Instagram, Tumblr, etc). Il serait temps que ces personnes cessent de relayer ces photos, d’en faire des montages graphiques pour enrichir leurs Instagram dans un but pseudo-artistique comme le feraient les derniers des orientalistes, et commencent plutôt à s’informer et à s’instruire sur l’histoire des clichés qu’ils apprécient avec autant de légèreté et détachement. L’humiliation n’a rien d’artistique. On peut retrouver énormément d’archives photos, de cartes postales et de peintures de femmes maghrébines faites par les français durant la période coloniale, femmes qui ont été forcées de se dévêtir/dévoiler ou qui tout simplement étaient là pour nourrir un fantasme orientaliste. Comme dit précédemment, beaucoup de membres de la diaspora maghrébine partagent fièrement ces clichés par ignorance ou indifférence.

La sexualisation et l’exotisation des femmes maghrébines n’a rien de flatteur, elle est déshumanisante et humiliante.

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Amazigh, Histoire, Politique

Identité et religion : le prisme arabe sur l’Histoire islamo-berbère

Totalité des voyages de l’explorateur Ibn Battuta

 

Il est clair que la religion musulmane est indissociable de la langue arabe. Ce qui pose réellement problème est la question de l’identité : comment représenter et vivre pleinement son identité (non-arabe) au sein de la communauté musulmane au sens large ?

Le prisme arabe chez les musulmans est plus ou moins voyant selon les zones géographiques et les sociétés. Néanmoins, ce prisme est réel et fortement alimenté par l’Orientalisme qui pousse à l’amalgame Islam/arabité constituant cedit « Orient ». Également dans l’Histoire, islamisation et arabisation n’ont jamais évolué au même niveau. Dans la majorité du monde musulman, l’islamisation a pris le pas sur l’arabisation qui, quant à elle, a été beaucoup plus tardive et laborieuse. Nombreuses sont les hypothèses sur cet attrait pour l’identité arabe au sein de la Ummah. Des affiliations généalogiques en passant par des mouvements culturels (la Nahda) et politiques (le panarabisme), l’identité arabe est un véritable outil utilisé à plusieurs échelles et dans des buts différents.

Dans l’appellation même de la zone géographique du monde musulman, on greffe toujours une arabité : le monde arabo-musulman sachant que la très large majorité des musulmans aujourd’hui, est non-arabe.

Le sujet traitant sur la diversité des musulmans, des identités et sociétés au sein du monde musulman est très intense et beaucoup trop vaste, ce qui nous pousse à nous resserrer sur un objet particulier : le fait d’englober l’Histoire non-arabe (ici Berbère) musulmane dans une Histoire arabe car islamique. Le titre d’un article sur Ibn Battuta nous a fait réagir : « Pourquoi le savant arabe Ibn Battuta est-il le plus grand explorateur de tous les temps ? »… de quoi nous faire grincer des dents.

Ibn Battuta était un berbère zénète de la tribu des Ilwaten, qui décide à l’âge de 21 ans d’entreprendre un voyage jusqu’à Mekka pour réaliser son pèlerinage. De là, il enchaîne ses voyages à travers le Moyen-Orient, l’Asie, et l’Afrique de l’Ouest, périples durant lesquels il rédige ses ouvrages.

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