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Identité et religion : le prisme arabe sur l’Histoire islamo-berbère

Totalité des voyages de l’explorateur Ibn Battuta

 

Il est clair que la religion musulmane est indissociable de la langue arabe. Ce qui pose réellement problème est la question de l’identité : comment représenter et vivre pleinement son identité (non-arabe) au sein de la communauté musulmane au sens large ?

Le prisme arabe chez les musulmans est plus ou moins voyant selon les zones géographiques et les sociétés. Néanmoins, ce prisme est réel et fortement alimenté par l’Orientalisme qui pousse à l’amalgame Islam/arabité constituant cedit « Orient ». Également dans l’Histoire, islamisation et arabisation n’ont jamais évolué au même niveau. Dans la majorité du monde musulman, l’islamisation a pris le pas sur l’arabisation qui, quant à elle, a été beaucoup plus tardive et laborieuse. Nombreuses sont les hypothèses sur cet attrait pour l’identité arabe au sein de la Ummah. Des affiliations généalogiques en passant par des mouvements culturels (la Nahda) et politiques (le panarabisme), l’identité arabe est un véritable outil utilisé à plusieurs échelles et dans des buts différents.

Dans l’appellation même de la zone géographique du monde musulman, on greffe toujours une arabité : le monde arabo-musulman sachant que la très large majorité des musulmans aujourd’hui, est non-arabe.

Le sujet traitant sur la diversité des musulmans, des identités et sociétés au sein du monde musulman est très intense et beaucoup trop vaste, ce qui nous pousse à nous resserrer sur un objet particulier : le fait d’englober l’Histoire non-arabe (ici Berbère) musulmane dans une Histoire arabe car islamique. Le titre d’un article sur Ibn Battuta nous a fait réagir : « Pourquoi le savant arabe Ibn Battuta est-il le plus grand explorateur de tous les temps ? »… de quoi nous faire grincer des dents.

Ibn Battuta était un berbère zénète de la tribu des Ilwaten, qui décide à l’âge de 21 ans d’entreprendre un voyage jusqu’à Mekka pour réaliser son pèlerinage. De là, il enchaîne ses voyages à travers le Moyen-Orient, l’Asie, et l’Afrique de l’Ouest, périples durant lesquels il rédige ses ouvrages.

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Les Rifains sont-ils séparatistes ?

 

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Nasser Zafzafi donnant un discours fin mars dernier devant des dizaines de milliers de personnes à Al Hoceima. (EFE)

Depuis la mort arbitraire de Mohsin Fikri, vendeur de poisson à Al Hoceima, en octobre 2016, les manifestations perdurent dans le Rif, la région berberophone du nord du Maroc. Un mouvement de contestation est né à la suite de cet évenement, « Hirak Chaabi », avec à sa tête Nasser Zafzafi. Depuis fin mai, les manifestations font rage, et se propagent dans le reste du pays.

Il est important de faire un bond dans le temps pour comprendre la frustration qui a pu s’accumuler dans cette région du Maroc.

Le Traité de Fès signé en 1912, marque officiellement la main mise française sur la Maroc sous la forme d’un protectorat. Ce traité entre le sultan Moulay Hafid et Eugène Regnault est vu comme une trahison par l’ensemble des Marocains, y compris les rifains qui ne tardent pas à se soulever : ils combattent les occupants espagnols et français, colonisateurs appuyés par le Makhzen. La Guerre du Rif est dirigée par le fin stratège Abdelkrim Al Khattabi, qui instaure en 1921 la République du Rif, après avoir écrasé les espagnols à la bataille d’Anoual. Plus tard, les européens se concertent et arrosent le Rif de gaz moutarde. En 1926, la défaite des rifains et l’exil de Al Khattabi, marquent la fin de cet Etat. La Guerre du Rif, même si elle résulte à la création d’une République, doit être appréhendée comme un jihad contre des puissances coloniales et surtout non musulmanes de l’époque. Le drapeau rifain représente un combat anti-colonial mais aussi un combat contre toute injustice, même locale. C’est pourquoi beaucoup de rifains arborent pendant les manifestations le drapeau de la République du Rif, mais aussi des portraits de Abdelkrim Al Khattabi, symbole de résistance et de liberté, et non pas séparatiste contrairement à ce que veulent faire croire le Makhzen et les fervents défenseurs de la royauté marocaine.

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