Communautarisme ou mixité ?

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Illustration : Owen Gent.

La notion de « communauté » a été une des préoccupations majeures des sociologues du XIXème et XXème siècle. Tönnies, par exemple, développe dans son ouvrage Gemeinschaft und Gesellschaft en 1887 l’opposition entre deux types d’associations d’humains qui coexistent dans les sociétés modernes. Selon lui, on distingue la communauté (Gemeinschaft) de la société (Gesellschaft), l’une étant vue comme l’association basée sur la solidarité, la proximité et les relations affectives, alors que la seconde aurait plutôt un substrat formel, intéressé, presque contractuel, et dénoué du caractère affectif mentionné précédemment. On retrouve cette dichotomie chez plusieurs autres auteurs, de manière différente. Ainsi, Martin BUBER distinguera la communauté de sang à la communauté choisie, DURKHEIM la solidarité mécanique de la solidarité organique, etc.

L’universalisme, marque de progrès ?

L’universalisme est lié à la notion de société, avec le subtrat formel, intéressé, contractuel développé plus haut.
C’est l’idéologie libérale qui relie individualisme, à l’universalisme, à la neutralité de l’État, à la priorité du droit et du juste sur le bien. L’avènement de l’état-nation, modèle de base suivi par la quasi intégralité des états modernes, a entrainé le déclin du fait communautaire. Ce dernier est la conséquence de la naissance de la société des individus, un modèle de représentation s’opposant à celui de communauté. Le communautarisme aujourd’hui est vu comme archaïque, dépassé, au regard de l’émergence de nouveaux types de regroupements humains, plutôt basés sur un fondement contractuel, volontaire, issus de comportements individualistes, rationnels, et sur la quête du gain et des intérêts individuels, plutôt que collectifs. De nos jours, surtout dans les pays occidentaux qui suivent pour la plupart ce modèle de regroupements humains, bon nombre de personnes s’accordent pour dire que le communautarisme est archaïque, dépassé, voire même qu’il constitue une menace, un danger, et est intrinsèquement négatif, nocif.

« Les ‘communautés’ voient leur influence décroître dans l’espace politique et social au bénéfice d’individus autonomes, c’est-à-dire capables de décider en toute liberté de leurs affiliations sociales et culturelles. (…) La référence communautaire peut alors être assimilée à une ‘survivance’ conservatrice. Elle peut aussi être interprétée comme une nostalgie romantique et utopique d’un ‘âge d’or’ ou une référence, un appel à un avenir ‘collectiviste’. »  Communauté(s), communautarisme(s) : aspects comparatifs, Lucienne Germain et Didier Lassalle.

De ce fait, les différentes communautés ethniques (entre personnes ayant des liens historiques et ethno-culturels les regroupant) se voient peu à peu fragilisées en France, la mixité complète étant l’aboutissement prévu à terme. Par effet de propagation, sous couvert des mêmes justifications, cela touchera le communautarisme religieux, c’est-à-dire l’avènement de la mixité entre membres de différentes religions (ex : l’association Lallab « féministe » qui prétend représenter les musulmans et les maghrébines qui fait la publicité du « Baiser du Ramadan », histoire entre une femme musulmane et un chrétien).

L’Islam encourage-t-il le métissage ?

Bon nombre de jeunes français musulmans, principalement d’origine maghrébine ou ouest-africaine, vantent les mérites de la mixité et des mariages inter-ethniques. De manière judicieuse ou insidieuse, ces derniers justifient cela par l’Islam, comme si cette religion encourageait ou conseillait l’exogamie. 

Ils ont tournés la possibilité et licéité du mariage inter-ethnique en quelque chose de recommandé, alors qu’il n’en est rien islamiquement. La piété étant certes le pivot d’une union maritale, rien, absolument rien dans la doctrine islamique n’encourage le métissage ou n’interdit à qui que ce soit de refuser un union —sur lequel il a le droit à la parole— pour des raisons ethniques, ou même sociales (le soucis des castes est souvent retrouvé chez les ouest-africains).

« C’est un phénomène relativement normal comparativement à la société occidentale actuelle. On pourrait donc d’un premier abord s’interroger sur la pertinence d’une telle conception étant donné que l’Islam semble autoriser voire encourager selon certaines sources, le métissage culturel. Citons par exemple le hadith sur le mariage du compagnon d’origine éthiopienne Bilal : « Un jour, les fils d’Aboul Boukair vinrent voir le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) et dirent : ‘ Ô Messager d’Allah, nous aimerions que tu trouves un mari pour notre sœur. ‘ Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit : ‘ Pourquoi ne la mariez-vous pas à Bilal ? ‘ En entendant cela, ils s’en allèrent, mais revinrent quelques jours plus tard et firent la même demande, à laquelle le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) répondit la même chose. Ils s’en allèrent à nouveau et revinrent, encore une fois, quelques jours plus tard, et firent la même demande. Cette fois le Prophète (paix et bénédictions d’Allah soient sur lui), après leur avoir répondu la même chose, ajouta : ‘ Bilal est un des habitants du Paradis ; vous devriez marier votre sœur à lui. ‘ Alors, en entendant cela, ils marièrent leur sœur à Bilal. » 

Au de-là de la légalisation du mariage entre peuples différents et de la primauté de la piété dans la hiérarchie entre musulmans que ce hadith nous inspire dans un premier temps, nous pouvons également y déceler la prédisposition naturelle des compagnons envers la préservation culturelle et ethnique ainsi que la légalité islamique de cette mentalité. Le prophète (sallAllah ‘aleyhi wa sallam) aurait très bien pu fustiger les fils d’Aboul Boukair pour leur refus réitéré à deux reprises. Mais il les laissa libre de leur choix tout en leur faisant valoir le mieux pour leur sœur, en révélant que le mariage intercommunautaire était tout à fait légal et que le premier critère à observer était la piété et non la lignée.

 L’histoire de Zaynab bint Jahch al-Assadiyah va également dans le même sens. Elle fut mariée par le Prophète (sallAllah ‘aleyhi wa sallam) à son fils adoptif Zayd Ibn Haritha, un ancien esclave affranchi. Mais ce mariage ne dura pas longtemps du fait que Zaynab, issue d’une famille noble, voyait toujours en lui l’image d’un esclave. Malgré les tentatives de réconciliation du Prophète (sallAllah ‘aleyhi wa sallam) ils finirent par divorcer du fait de cette disparité sociale gênante pour Zaynab. Par la suite, le Prophète (sallAllah ‘aleyhi wa sallam) épousa Zaynab sur ordre d’Allah (voir sourate 33 verset 37-38) etAïcha fit cette remarque élogieuse à son égard : « Zaïnab était celle qui reconnaissait ma valeur auprès du Messager (sallAllah ‘aleyhi wa sallam), et je n’ai jamais vu de meilleure femme telle que Zaïnab : aussi pieuse, aussi véridique, aussi attachée aux liens de parentés et aussi charitable, qui se donnait autant dans les œuvres charitables, par lesquelles elle se rapprochait d’Allah Le Très Haut, mis à part son côté ferme, qu’il y avait en elle, mais qu’elle se hâtait de corriger. » (Rapporté par Mouslim). Là encore, si ce n’était son statut de sahabiyyat, de nombreux musulmans occidentaux auraient fustigé l’attitude de Zaynab et serait prêt sans aucun doute à réagir avec virulence si une musulmane à notre époque aurait osé faire valoir son ascendance noble dans la cadre du choix d’un conjoint. Pourtant, à nouveau, cette histoire ne nous renseigne pas seulement sur la légalisation du mariage entre deux personnes de condition lignagère différente, mais également sur son contraire à savoir la légalité de s’affirmer d’une lignée précise et de choisir son conjoint en conséquence. Car en effet d’une part le Prophète sallAllah ‘aleyhi wa sallam n’a pas interdit à Zaynab de se revendiquer d’une noble ascendance, et d’autre part, Aïcha a témoigné de sa grande piété. La préservation de l’identité culturelle semble ainsi tout à fait compatible avec la piété.  Mais l’influence de l’environnement multiculturel en Occident et la crainte de tomber dans le nationalisme font que l’on ne parle que de l’aspect « universaliste » de ces textes très connus. L’aspect autorisant la préservation de l’homogénéité ethnico-sociale qui y transparaît n’est quasiment jamais souligné. Quant aux autres textes privilégiant voire encourageants la préservation de la lignée notamment à travers la question de la parité dans le mariage, ils ne sont que très rarement mis en avant.» Extrait de l’article « Universalisme et racialisme en Islam, un point de vue islamiquement orthodoxe et anti mondialiste »

En outre, la jeunesse française musulmane, imprégnée des valeurs françaises d’universalisme et de l’environnement multiculturaliste, a procédé à une véritable extension de la notion de nationalisme de sorte qu’ils rendent répréhensibles des comportements que notre Prophète ﷺ lui-même n’a pas condamné. Aujourd’hui, les français musulmans ont rentré dans la définition de nationalisme, l’endogamie, tant nationale qu’ethnique ou sociale. Si cesdits comportements étaient condamnables et détestables, le Prophète ﷺ n’aurait-il pas été le premier à les pointer du doigt ?

N’oublions pas que l’expansion de l’Islam a réussi dans énormément de cas par l’endogamie des peuples. Par exemple, Abdullah Ibn Yasin a choisi précisément certaines tribus berbères Sanhaja parce qu’elles étaient dotées d’une forte cohésion sociale (‘assabiya) et pratiquait l’endogamie pour monter l’armée almoravide, et pouvoir répandre le rite malékite au Maghreb.

Union mixte : propice à la fétichisation

Le soucis principal dans certains (beaucoup) de couples exogames réside dans le fait qu’il arrive qu’ils soient basés sur une fétichisation, voire inter-fétichisation. On peut retrouver ainsi une fétichisation « raciale » comme il arrive souvent avec les personnes « noires », ou une fétichisation ethnique propice aux maghrébins (souvent nourri à l’orientalisme), voire des « français de souche » (souvent lié à complexe d’infériorité vis-à-vis du « Blanc »).

J’aimerais soulever en particulier la fétichisation dont font l’objet les « Noirs », puisque cette fétichisation raciale tire ses origines directement de… l’esclavage. Comme a pu l’expliquer l’historien Pascal Blanchard, l’esclavage a été justifié par le fait que les Noirs ne seraient utiles que lorsqu’ils utilisent leurs corps, puisqu’ils étaient considérés comme incapables d’utiliser leur tête/faire preuve de raison. C’est aussi une des raisons pour laquelle on estime que les Noirs sont de « bons athlètes », ou de « bons danseurs ». Passons. Le corps noir est fréquemment déshumanisé, bestialisé, et réduit à une fonction sexuelle, source de fantasmes, et constamment racialisés puisque reviennent souvent des références à leur couleur de peau avec des termes comme « chocolat ». Malheureusement, beaucoup des principaux concernés prennent cette bestialisation comme une flatterie, voire, mêlé à l’idée de « conquête sexuelle », comme manière d’inférioriser les maghrébins : « on b**** vos soeurs ».

En conclusion, l’universalisme et la glorification du métissage a atteint un point tel, qu’une personne A voulant se marier au sein de sa communauté, révoltera plus qu’une personne B qui insiste pour se marier au sein d’une communauté à laquelle il n’appartient pas, en la fétichisant ouvertement.

L’ouverture d’esprit est le principal argument des fervents défenseurs du métissage, alors qu’on ne compte plus les mariages dans lesquels l’un des époux est raciste de l’origine de l’autre (il y avait notamment eu sur Twitter énormément de témoignages d’enfants métisses qui parlaient du racisme subi par l’un de leur parent). Si le métissage annihilait le racisme, ça se saurait. Preuve en est des noirs américains qui, pour beaucoup, ont des aïeuls qui se sont mélangés avec des blancs américains, et malgré cela la situation sociale difficile des afro-américains aujourd’hui ne fait de doute pour personne.

Le second argument que l’on retrouve est la « découverte de culture de l’autre », comme si on ne pouvait découvrir les autres cultures que par le biais de l’union marital. Si l’on suit cette logique, doit-on se marier avec un membre de chaque culture qui nous intéresse pour la découvrir ? Ou bien doit-on se marier avec LA culture que l’on a le plus apprécié, et au risque de tomber dans la fétichisation expliquée ci-dessus ?

NB : Je ne vise absolument pas les couples mixtes sains qui ne rentrent pas dans le jeu de cette fétichisation etc., et ne les inculpe/juge en aucun cas. Que votre choix porte sur l’exogamie ou l’endogamie, laissons les gens avoir le choix sans idéaliser l’un et détester l’autre.

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